Je me suis encore fait enculer.
C’est la quatrième convention du Fier Front Présidentiel à laquelle je me rends et à chaque fois c’est la même chose : ces Messieurs parlent, pérorent , expectorent des litanies infernales sur la dérive de la France, sur la dilution de notre culture dans les sodas insipides de l’occident capitaliste et les liqueurs infectent de l’orient terroriste. Ils haranguent la foule, enragent les idiots, puis viennent dans les loges se défouler dans mon cul.
Pas que dans le mien bien entendu, nous sommes plusieurs de l’agence à subir leur semence mais il semblent bien m’aimer.
Ils me tirent les oreilles en ricanant.
Quand c’est pas le FFP c’est la ligue des gentilhommes, une organisation ou un club de vieux dépravés, ceux-là adorent les déguisements. Les costumes de la ligue sont somptueux, d’anciennes fripes de théatre pour certains, d’autres fait sur mesure par des tailleurs italiens. Nous sommes aussi plusieurs de l’agence à nous rendre à leurs soirées, chacun avec un rôle bien défini et un texte à apprendre.
Freaks !
Je joue au comédien, souvent le clown triste, parfois l’inquisiteur, je prends l’accent espagnol.
Je l’aime bien ce rôle là, puissant, cynique, méchant et tortionnaire.
Surtout la partie tortionnaire, elle me convient tout à fait, et puis la moustache me sied.
Hélas, trois fois hélas, les dernières fois j’ai endossé la carcasse du supplicié, ils ont compris que ce personnage là brutalisait mon âme, et ces pourceaux en jouissent dans leur froc.
Je les déteste, je les hais, j’aimerais qu’ils crèvent la bouche ouverte dans un sauna naturiste remplit de guèpes et de frelons, leur sexe enduit d’huile de vidange chaude et leur cul remplis de citrons verts arrosés de sel et de piment, sous leur ongles des longues tiges d’orties fraiches et entre leur dents des fourmis rouges rendues folles par la boisson.
En fond sonore, le bruit terrible d’une craie sur une ardoise sèche, comme une complainte continue, une formidable souffrance.
Repos extatique, libération de l’imaginaire.
Je reprends.
Je n’ai revu qu’une fois ma bourgeoise fripponne, elle s’est lassée très vite.
Plus de grande soirée bacchanale non plus, plus de vagin frais à me mettre sous la langue.
Que des rudes cuirs de brutes contre mon petit corps meurtri.
Je n’ai pas signé pour ça.
La miss tiens bien le bâton et agite fort la carotte, en ce moment c’est la croisière. Il faut que je lui prouve que j’ai le potentiel pour en faire partie.
Cette salope sait mener son monde en bateau, elle m’a insidieusement porté à connaitre la croisière au hasard d’une conversation, m’a alpagué l’attention avec ses allusions érotiques, ses descriptions froufroutantes, ses regard humides dans le vague et sa bouche mordillée après une évocation parlante.
Deux mois sur la méditerranée, une flopée de princes et de grands bourgeois, avec leur lot de courtisanes et amantes. Organisée par l’agence chaque année, le summun de la décadence européenne.
Tout est autorisé, tout est encouragé, tout est torride. Depuis lors mon objectif est d’en faire partie, et pour cela j’accepte toutes les missions, et on ne me propose que les plus sordides.
Mais tous les soirs je relis la brochure, les descriptions du matériel à disposition, les activités, les soirées, les photos des années passées. Je m’imagine au petit matin, saoul, repu de sexe et de mets délicats, laissant courir sur mes pieds la douce lumière du Soleil levant.Je sens les odeurs salées réveiller mes sens, et l’horizon s’ouvrir pour donner à mon âme l’impression d’éternité, la candeur nécessaire pour équilibrer la nuit. Entendre les mouettes et les vagues saluer mon carême, ma communion sensuelle avec l’univers. Respirer le monde et les femmes, leurs odeurs multiples sur mes doigts, sur mes lèvres, les caresses passées et celles à venir sur mon torse usé, fatigué, morne et rance. Mes yeux rougis de sommeil s’alourdir dans l’aube et dormir nu sous la voute azurée des amours indécents.
Le carton plastifié est usé à force d’être lu, parcouru, dévorée, désirée.
Je dois avoir la réponse de la Chauvet dans la semaine, je tourne en rond dans mon appartement toute la journée, vérifiant mes emails frénétiquement, mon portable sans relache.
Folie stakanoviste.
Désarroi incessant.
Usure prématurée de ma souris de mon clavier.
Répétition insensée, gestuelle pétrifiante.
Et puis il est là, sous mes yeux s’épanouit la fleur tant désirée, la réponse est oui, je pars, j’embarque, j’emménage dans ma vie.
4 Commentaires
Hey!
J’attends la suite…
Ha ben ça vient, je compte le faire ce jour dimanche
Là concert de Magma phénoménal ^^
KOBAIA !
“la bouche ouverte dans un sauna naturiste remplit de guèpes et de frelons, leur sexe enduit d’huile de vidange chaude et leur cul remplis de citrons verts arrosés de sel et de piment, sous leur ongles des longues tiges d’orties fraiches et entre leur dents des fourmis rouges rendues folles par la boisson”
par rapport aux descriptions de Maxime Chattam, t’es soft
hum faut que je lises des écrits de ce monsieur alors …
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