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Je l’attends avec une batte, dans un renfoncement de la coursive.
Je l’attends avec une batte, un sourire aux lèvres, perspective de la libération.
Je l’attends avec une batte, mes mains sont sèches sur le manche, aucune hésitation, aucun doute ne vient troubler ce moment idéal.
Je l’attends avec une batte, je savoure l’instant, déguste le silence, et j’entends enfin des talons hauts s’approcher vers leur perte.
Je l’attends avec une batte, un grand sac, une scie, des baillons, des torchons, des gants en latex, vingt mètres de cordes, un couteau, six bougies, deux briquets, une cagoule et un masque.

Elle se rapproche et elle est seule, elle a fini sa journée, c’est une prostituée contractuelle engagée pour la croisière, des horaires stricts, des temps de pauses syndicaux. Des bonus pour les partouzes, des malus si un client vient à se plaindre. Une technicienne de base du sexe en somme.

Le soir que nous passâmes ensemble elle avait dérogé à son contrat, et pour cela je la déteste, et pour cela je m’avance quand elle apparaît, elle me voit et sourit, son regard s’épanouit et je comprends qu’elle espérait me revoir de toutes ses dents.

La batte la percute au niveau de l’oreille et elle s’écroule sans tarder, je lui donne un coup de pied dans les côtes pour la forme et me la jette sur l’épaule. Je ramasse bon barda et descends sur le quai. Je cours dans la nuit, elle perds ses chaussures et je m’en moque, du sang coule de son oreille et je m’en tape : ce soir je me libère de ma rage, j’enlève ces chaînes qui assèchent ma bite.

Elle gémit mais j’arrive à ma destination, j’ai loué à un marin russe un container sur son navire, je la pose à terre et verrouille la porte. Rapidement j’allume les bougies et dispose les affaires à l’entrée, puis je m’assieds et la regarde. Ses jambes douces prennent un aspect satiné dans la lumière chiche, et les angles étranges qu’elles ont prises en tombant ravive chez moi des souvenirs sucrés. Je sens au fond de moi une rigueur salutaire, elle ne m’a pas atteint physiologiquement, je suis sauvé.

Pour fêter ma trique je la réveille d’une giclée d’eau au visage. Elle s’ébroue et me regarde, incompréhension totale, choquée, perdue, connasse. Je ne veux pas qu’elle me parle, alors je lui pète les lèvres et les incisives, cinq coups de poing et j’arrive à mes fins, elle crache une grande quantité de sang.

Je jubile.

Elle pleure.

Rien à foutre.

Je prends le couteau et découpe sa robe, la mets nue pour son jugement. Mon tribunal personnel la juge pour les crimes suivants : mise en danger de la sexualité d’autrui, vol qualifié de sentiments, prise en otage de l’énergie, des désirs et de l’envie d’autrui, soumission de ma personne à la souffrance de son absence, fuite après soirée de tendresse gratuite et douce …

J’énonce chaque chef d’accusation à voix haute. Je les ponctue de coups de talon dans ses genoux. Elle crie, elle pleure, son genoux gauche craque et elle blémit. Petite nature, si elle avait souffert autant que j’ai souffert elle serait plus solide.

Je la méprise et la soulève par les cheveux, je lui crache au visage le venin et le fiel qu’elle a fait produire à ma bouche. Je la traîne vers la paroi et lui tape la tête plusieurs fois sur le métal rouillé. Son nez fait une espèce de son spongieux, un peu comme un melon qui serait tombé de la table sur le carrelage, un melon un peu trop mûr et laissé trop longtemps au Soleil un après midi d’été en Provence, un melon oublié à l’heure de la sieste opportune après un repas arrosé au rosé, une sieste apaisante à l’ombre d’un platane, qui étend ses branches pour rafraîchir les dormeurs et donner un peu de répit au corps brunis par de trop longues expositions à la plage.

Je lui fais part de mes réflexions et devant ma poésie elle ne fait que geindre. Ce n’était vraiment pas une fille pour moi, je lui signale que je veux rompre, et plus précisemment ses doigts. Ils craquent facilement pendant l’énoncé du verdict, la coupable est condamnée à mourir sous les coups de la victime, oeil pour oeil, vie pour vie.

Elle tourne de l’oeil justement et j’en profite pour faire une pause. Je bois un peu d’eau et m’étire. Puis je me penche sur elle et la frappe au ventre, régulièrement, pour couvrir toute la surface de bleux et d’hématomes, elle vomit du sang, j’essuierai peut être plus tard. Il me faut bien dix minutes pour réussir mon effet, je suis en nage, je m’éponge puis tente de la réanimer.

Elle respire mais ne moufte pas, fragilité typiquement féminine. Je l’asperge encore et elle daigne murmurer, c’est un truc étrange sur Dieu, je ne comprends pas trop, ses dents cassées et ses lèvres gonflées ne facilitent pas les choses. Je crois que sa langue est blessée aussi, déchirée par les débris de dents.

Je l’embrasse.
Je la prends dans mes bras.
Je lui murmure à l’oreille (celle qui ne saigne pas) un petit mot d’adieu.
Puis je passe mes mains autour de son cou et je serre, je serre, je tords, je tords, ses cartilages craquent et son corps s’affaise.

Je jouis

Je la laisse par terre, je nettoie mes traces et retourne sur le paquebot.

Je me réveille en fin d’après midi, le port de Rhodes est loin.

Orgies et partouzes, me voici.

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